Alllô! Bravo d'être là pour assister à un cours d'histoire du Québec. Ce qui se passe actuellement, c'est de la pédagogie nationale. Comme on n'enseigne plus l'histoire dans les écoles et qu'on ne se rappellera plus pantouttt de notre identité, je trouve que cet événement est un événement historique.
Je vais vous lire un texte de Paul Chamberland, un poète qui a fondé la revue Parti-Pris en 1963 avec Gaston Miron, Gérald Godin et plusieurs autres. La revue Parti-Pris a été le tremplin de toute une idéologie qui a fait en sorte que les Québécois prennent conscience de l'importance de signifier leur identité et de protéger leur culture.
Dans le texte que je vais vous lire, Chamberland est préoccupé par le rôle social du poète; très tôt, il a prêté son écriture au combat souverainiste et socialiste. Dans L'afficheur hurle, dont je vais vous lire quelques extraits, le poète assume l'inconfort de sa position d'écrivain québécois qui cherche à provoquer l'action politique par le poétique.
j'écris à la circonstance de ma vie et de la tienne et de la vôtre ma femme mes camarades j'écris le poème d'une circonstance mortelle inéluctable ne m'en veuillez pas de ce ton familier de ce langage parfois gagné par des marais de silence je ne sais plus parler je ne sais plus que dire la poésie n'existe plus que dans des livres enluminés belles voix d'orchidées aux antres d'origine parfums de dieux naissants moi je suis pauvre et de mon nom et de ma vie je ne sais plus que faire sur la terre comment saurais-je parler dans les formes avec les intonations qu'il faut les rimes les grands rythmes ensorceleurs de choses et de peuples je ne veux rien dire que moi-même cette vérité sans poésie moi-même ce sort que je me fais cette mort que je me donne parce que je ne veux pas vivre à moitié dans ce demi-pays dans ce monde à moitié balancé dans le charnier des mondes (et l'image où je me serais brûlé « dans la corrida des toiles » la belle image instauratrice du poème je la rature parce qu'elle n'existe pas qu'elle n'est pas moi) et tant pis si j'assassine la poésie et qui pour moi n'est qu'un hochet car je renonce à tout mensonge dans ce présent sans poésie pour cette vérité sans poésie
moi-même
[...]
j'habite une terre de crachats de matins haves et de rousseurs malsaines les poètes s'y suicident et les femmes s'y anémient les paysages s'y lézardent et la rancoeur purulle aux lèvres de ses habitants non non je n'invente pas je n'invente rien je sais je cherche à nommer sans bavure tel que c'est de mourir poliment dans l'abjection et l'indignité tel que c'est de vivre ainsi tel que c'est de tourner retourner sans fin dans un novembre perpétuel dans un délire de poète fou de poète d'un peuple crétinisé décervelé vivre cela le dire et le hurler en un seul long cri de détresse qui déchire la terre du lit des fleuves à la cime des pins vivre à partir d'un cri d'où seul vivre sera possible PAUL CHAMBERLAND, L'Afficheur hurle, Éditions Parti-Pris, Montréal, 1964
12 et 13 septembre 2009 sur les Plaines d'Abraham Photos extraites de la captation vidéo par VOX diffusée en direct sur canoe.com Site Web de l'événement « Le moulin à paroles »
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